vendredi 13 mars 2009

Projet Théatre du Rond-Point-A Contre Corps

-Je suis arrivé.
Comme ça, debout.
Devant lui, j'attendais.
Il n'y avait pas de lune, pas de soleil.
On était dans un nulle part sans horizon.
Face à face.Tendus.Alerte.
Prêts à gober la moindre mouche.
Silence. Pattes de mouche sur mon bras droit.
Je ne bouge pas. Silencieux.
Je crache.
Il regarde mon crachat.
Je sais bien qu'il ne s'agit plus ni de donner, ni d'échanger, ni de vendre, ni d'escroquer, ni de pleurer, ni de faire l'amour.
Tout cela enterré, catapulté dans le passé.
Il reste nos deux corps tendus sur la plateforme.
Il n'y a pas de mot qui résonne.
Juste des cris au loin. Comme des animaux qui s'entretuent.
Comme un écho de notre parade.
Lui et moi.
J'assume. J'assume complètment. Même ça ne pose pas de problème de mourir maintenant.
Qu'est-ce cela fait?
Pourtant je sens mon sang qui s'ennuie dans mes veines.
Quels sont mes désirs?
La mort ne m'intéresse pas.
Je sens mon sexe qui crie entre mes jambes.
L'autre, en face, regarde mon crachas. Comme un con.
Et moi je me dis que l'on devrait faire l'amour comme les bonobos font pour résoudre leurs problèmes.
Faire l'amour avec cet homme en face de moi,
mieux que faire la mort.
S'entretuer pour tous les morts d'avant et pour tous les morts d'après.
Parce que j'appartiens à une putain de tribu et lui à un camps opposé.
Et le clan de l'existence qu'est-ce qu'on en fait?
J'ai envie de baiser.J'ai envie de baiser plutôt que de mourir.
J'ai envie de baiser un rocher tellement j'ai envie de baiser.
Et lui, il est là en face de moi.
Il lève la main droite et se gratte le nez.
Je m'emmerde.
Il se caresse doucement le menton.
J'ai envie de lui chier sur la gueule et d'aller voir la mer.
[Sa putain de mère de fils de pute, putain fait chier, je vous enculerais tous bande de couillons. J'irais chier dans vos morts, j'irais chier dans vos bouches, j'irais chier dans votre âme de merde.]
Je suis immobile.
Il fait un pas.
Découper dans sa chair des morceaux en forme de coeur.
Forme de coeur, comme les moules pour faire les gâteaux, comme les gomettes des enfants à l'école.
Je sais qu'il n'a pas d'arme.
Respirer l'air au dessus des montagnes.
Il plie un genoux sur le sol.
Je vois une éjaculation en plein milieu du ciel..
Nos morts sont liées comme deux troncs d'un même arbre.
Funambules du néant.
Nos corps soudés à la mort, en suspens, au dessus du vide.
Je cris, ça résonne, on entend les vibrations du silence.
Ça m'agace, cette attente, te torturer jusqu'à en mourir.
Je m'approche à mon tour.
Je flotte presque au dessus du sol avec la légèreté des libellules au dessus de la surface de l'eau qui glisse.
Je suis tout près de son corps chaud.
Je respire sur sa joue.
Et puis.
Comme une arrêtede poisson dans la gorge. Ou comme tout un poisson mort dans la gorge et plurieurs poissons enterrés dans mon estomac.
Je me sens lourd: La sensation de ne plus avoir d'air, assez d'air pour respirer.La sensation de devoir respirer mon propre sang, mon propre corps. Me suffir à moi même dans ma respiration.
Agonie autonome.
J'ai l'impression que l'échange n'est plus possible entre l'extérieur et moi du dedans.
Il disparaît.
Mon coeur rétrécit.
Cris de petite fille dans le noir.

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