jeudi 26 mars 2009

/La Blonde Immaculée/

ELLE-
Dépeuplé.
Mon corps est dépeuplé.
Peu à peu, tout le monde est parti.
Je suis en moi sans personne à qui parler, sans personne à regarder.
Je chuchote doucement au fond de la baignoire.
LUI- T’as fini ?
ELLE- Nan !
LUI- Dis le moi pour savoir si tu me fais la gueule dans la salle de bain ou si tu te laves vraiment.
ELLE- Bientôt.
LUI- Restes pas trois jours, tu vas mourir de faim, à moins que tu te mettes à bouffer tes peaux mortes.
ELLE- Ta gueule, je me lave, t’as compris ? Et puis va te faire foutre, tu comprends pas que la seule pièce où y’a pas toi c’est la salle de bain et j’ai envie d’être sans toi, sans ta voix qui grésille, ton corps qui se dandine et ta putain de présence de merde ! Comme tous les autres…
Et puis je te connais même pas que tu me dégoûtes déjà… Mais j’aime bien ta salle de bain.
LUI- Je te rappelle que tu es chez moi, dans mon appartement… Et que je ne te connais pas non plus… Mais on dirait que ça à l’air d’aller mal pour toi… Tu parles comme ça, toute seule…
Ça fait cinq heures que t’es enfermée dans la salle de bain à parler, parler, te taire…et reparler…
Si tu te sens seule, c’est par-ce que plus aucun mec veut de toi ? T’as été une salope, une trop grosse salope alors maintenant tu te retrouves toute seule entre tes deux cuisses ! Ah ! Ah !
(Il s’éloigne.)
ELLE- Oui, c’est vrai, je me suis donné, j’ai tout fais pour me donner, je savais pas comment c’était l’amour, alors je suis allé partout et partout j’ai fouillé, voir si y’en avait de l’amour, mais les hommes ne sont que des grosses queues sans âme… Tout ce monde qui est rentré en moi… Ils veulent plus de moi. Et maintenant moi, je suis dépeuplée, ravagée, ils ont tout arraché sur leur passage… Y’a plus d’amour, y’a des morceaux de truc partout… Maintenant, je supporte plus leur présence. J’ai envie de leur déchirer la face à chaque fois que je les vois… J’ai envie… J’ai envie de me teindre la touffe en vert, pour qu’ils broutent tous mon herbe jusqu’à la fin de leur vie ! (Silence). C’est vrai que je suis qu’une chienne. J’ai fugué de chez moi comme une chienne, j’ai couru dans les champs comme une chienne, j’ai fait l’amour comme une chienne, on m’a enfermé en cage comme une chienne. J’ai pleins d’embryons dans le ventre comme une chienne et mes seins vont gonfler et faudra accoucher de toute cette merde. Je suis pleine, je déborde de cette merde. (Silence).
T’es où ? Tu m’entends ? Arrêtes de m’écouter, j’ai besoin que ça sorte, c’est comme d’aller aux toilettes. J’ai besoin de parler. Moi, je chie des mots.
LUI- Nan, je t’écoute pas.
ELLE- Menteur ! (Silence).
T’entends tes cheveux pousser ? Ta peau peler ? Plisser ? Tomber ? T’entends tes boyaux digérer ? Tes yeux cligner ? Tes pieds marcher ?…
Ça te déranges pas ta présence ?
Moi, je me dérange. J’arrive plus à penser par-ce que j’entends mon cerveau crisser, ma bouche baver...
Tu te rends compte ? On bouffe nos merdes, on bouffe nos cages et on regarde même pas passer le paysage.
Le temps nous enterre sans qu’on l’ait rattrapé. On meurt comme des plantes qui n’ont jamais pensé. (Silence).
Moi, je suis née en hiver, le moment où tout meurt, j’aurais dû suivre le cycle des choses, naître puis mourir tout de suite après.
LUI- Bon, tu sors maintenant, j’ai pas envie que tu t’enterres dans MA baignoire.
ELLE- Bon d’accord, grosse queue sans âme. (Elle sort de la salle de bain, elle se plante en face de lui.). Toi, tu m’as fait l’amour comme les autres sauf que j’ai dormi chez toi et pas toi chez moi par-ce que… C’est toi qui m’a emmené. Pourquoi tu m’as emmené ?… Tu me connais pas !
LUI- Et toi, tu m’as fait l’amour et t’as dormi chez moi et tu t’es lavée dans MA baignoire, alors que tu me connais pas ! (Long silence. Ils regardent. Il lui met la main sur les cheveux.) Tu sens ma main sur tes cheveux ? Tu sens ce que ça veut dire ? Tu sens qu’on est loin même quand on est près ? (Silence).
ELLE- Ça te fais pas peur d’entendre ton cœur battre ?
LUI- Tu t’épuises, tu t’enlises, tu t’éclipses. On est là. (Il la regarde très près.)
L’amour, c’est savoir pourquoi on souffle et pourquoi on souffle plus. Moi, j’ai envie de souffler, de m’emplir d’un souffle, d’exprimer le souffle, de faire souffler les autres.
ELLE- Mon rêve ce serait de mourir en faisant l'amour, en te faisant l'amour.

Noir.

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