vendredi 27 mars 2009

Ça me fait mal les couleurs



Liz, jeune femme d’une vingtaine d’année, très jolie, pleine d’énergie, habillée en gris, est chez son psychiatre, lui, habillé en blouse blanche, avec des lunettes.

PSY- (Gêné par la présence de cette femme.) Bonjour, asseyez-vous. Donc c’est notre première séance ensemble, donc pour vous mettre à l’aise, je vais vous parler de moi. Voilà, moi j’ai trente ans, j’ai commencé les études assez jeune assez jeune, c’est pour ça que maintenant je peux pratiquer. Je m’appelle Martin Dubois et je vous écoute.

Long silence gêné. Liz regarde Martin, lui regarde ses notes, en faisant mine d’être absorbé par ses documents.

LIZ- Quel est votre couleur préférée ?

PSY- (Perplexe). Le jaune.

LIZ- Ah !…(Silence). Moi, ça me fait mal les couleurs, pas vous ?

PSY- Non, mais dites moi.

LIZ- Bah… Quand je vois du jaune par exemple, ça me serre la gorge, mes yeux pleurent tout seuls, comme avec l’oignon et je vois des enfants qui courent dans mes yeux et qui crient dans un grand espace vide entouré de murs… Mais, je voudrais pas parler que de moi…

PSY- Mais si vous êtes là pour ça…

LIZ- Et vous, ça vous fait quoi quand vous voyez du jaune ?

PSY- Heu… Moi, je vois un citron qui pourrit sur le bord d’une table dans une cuisine triste.

LIZ- Vous m’avez pas dit que c’était votre couleur préférée ? (Le PSY hoche de la tête.) Ah, bah vous êtes triste vous, vous aimez une couleur qui vous rend triste.

PSY- Oui, sans doute.

LIZ- Et, moi, le rouge, c’est ma couleur préférée, ça me rend hystérique, ça me remonte dans le ventre, ça me contracte les muscles et j’ai envie de mordre ou… de prendre, oui, j’ai envie de prendre très fort et de prendre comme si on m’avait volé quelque chose ou… Qu’il fallait que je prenne quelque chose qui devait m’appartenir. Dans mes yeux, je vois des gens la bouche ouverte comme ça, Ah !
Et vous le rouge ?

PSY- Juste un peu de sang sur le sol d’un abattoir... Bon, on va passer à autre chose, par-ce que les couleurs... ça n'a rien de très concret. Votre famille, parler moi de votre famille... ça va? ça va bien? (LIZ regarde autour d'elle, ne répond pas). Et votre travail, vous êtes... (Le PSY reste perplexe un moment. Il la regarde un temps.) Ah! Je sais, on va examiner ces tâches. (Il sort des papiers cartonnés où figures des tâches doubles utlisées en psychanalyses).

LIZ- Ça m'intéresse pas les tâches. C'est fermé les tâches, ça a des contours, c'est sans horizon. Ça sert à rien.

PSY- Oui, mais ce sont des tâches de couleurs... Non? Les couleurs que vous voyez là sont...

LIZ- (Elle se lève, prend le papier cartonné où figure une tâche verte. Pensive.) Moi, le vert, ça me donne envie de partir, mais partir loin, vraiment très loin, de prendre un cheval n’importe quoi et de partir. Enfin, nan… De déchirer tout, (elle déchire le papier et crache dessus), tout détruire avant et après partir, seulement après ça, sinon ça à rien de partir, si on laisse tout en place avant, par-ce qu’après, quand on revient, c’est tout pareil, au moins là, ils refont tout derrière toi et quand on revient, c’est différent… Vous voyez ? (Elle brûle les morceaux déchirés au sol avec son briquet.)

PSY- Oui, oui… Non, moi, le vert, ça me dit rien.

LIZ- (Elle se lève énervée.) Mais si, forcément, le vert c’est trop… C’est trop…

PSY- Je vois une femme assise sur une chaise au milieu d’un jardin, qui attend, qui dit rien. Sur son visage, on voit qu’elle pleure.

LIZ- (Elle regarde les yeux du PSY, puis elle s'approche très près de son visage.) Et puis, le bleu, ça me laisse contemplative, je regarde et ça coule en moi, le bleu, c’est une couleur qui rentre dans mes veines doucement… Qui me donne envie de tracer des lignes.

PSY- (Professionnel). Des lignes ? Ah, oui… Quel genre de ligne ?

LIZ- Des lignes droites et courbes aussi. J’ai envie d’écrire des mots, de dessiner, de parler, de chanter… (Elle chante.) Ça me fait penser à la trajectoire, à l’architecture, vous voyez ? Aux grandes choses dans l’espace…

PSY- Oui, c’est intéressant… Ça c’est plutôt bien… Et le marron ?

LIZ- (Elle rit aux éclats). It’s the color of shit ! It’s a really, really bad color… I’m disgusted ! Because…

PSY- Mais qu’est-ce qui vous prend de parler en anglais ?

LIZ- Well, the brown makes me laught and I change my language ! It’s so nice, very funny but it’s easy believe that…

PSY- O. K. ! O. K. ! Et le violet ?

LIZ- Le violet ça me fait grincer des dents et ronfler la nuit. Le violet, c’est sonore comme truc. La journée, ça me fait crier des fois. Le soir, ça me fait gratter. Et quand je fais la cuisine et qu’il y a quelqu'un en violet, je casse tout, je fous tout par terre ! Dans mes yeux, je vois des nuées d’oiseaux dans le ciel… Et vous ?

PSY- Moi, je pense à mon chat mort. Et le blanc, qu’est-ce que ça vous fait ?

LIZ- Ça me rend tendre, j’ai envie de toucher. (Elle se rapproche de lui et lui touche doucement l’épaule, puis le genou, puis le bras, le PSY se laisse faire, ne dit rien, charmée.)
Ça me donne envie de chuchoter, j’ai dans les yeux un champs bercés par le vent… (Elle continue de lui toucher le bras, très doucement, timidement.)
Tout d’un coup, des infirmiers entrent dans la salle et l’écarte du PSY, elle est très surprise.

PSY- (Se levant, gêné.) Bon, il faut que je vous dise, la séance a été filmé pour recueillir vos paroles et vos réactions, les témoignages de vos impressions nous sont très précieux. Des médecins psychiatres étaient là, à vous regarder. Maintenant, les infirmiers vont vous raccompagner dans votre nouvelle chambre, bleue. Les médecins vont me faire part de leur décision et j’en discuterais avec eux.

LIZ- (Redevenue normale, le regarde, interrogée). Leurs décisions ?

PSY- (Essaye d’être froid mais est tout tremblant). Oui, allez. Au revoir.

LIZ- Vous reviendrez me voir ? (Elle sourit tristement). Habillé en rouge. (Les infirmiers l’emmènent.)
Des médecins entrent dans la pièce, saluent le psychiatre.
UN MÉDECIN- Je pense que le mieux serait de lui crever les yeux.

Noir.

jeudi 26 mars 2009



Photos de R. C. R. (http://www.fotolog.com/ignatus)

/La Blonde Immaculée/

ELLE-
Dépeuplé.
Mon corps est dépeuplé.
Peu à peu, tout le monde est parti.
Je suis en moi sans personne à qui parler, sans personne à regarder.
Je chuchote doucement au fond de la baignoire.
LUI- T’as fini ?
ELLE- Nan !
LUI- Dis le moi pour savoir si tu me fais la gueule dans la salle de bain ou si tu te laves vraiment.
ELLE- Bientôt.
LUI- Restes pas trois jours, tu vas mourir de faim, à moins que tu te mettes à bouffer tes peaux mortes.
ELLE- Ta gueule, je me lave, t’as compris ? Et puis va te faire foutre, tu comprends pas que la seule pièce où y’a pas toi c’est la salle de bain et j’ai envie d’être sans toi, sans ta voix qui grésille, ton corps qui se dandine et ta putain de présence de merde ! Comme tous les autres…
Et puis je te connais même pas que tu me dégoûtes déjà… Mais j’aime bien ta salle de bain.
LUI- Je te rappelle que tu es chez moi, dans mon appartement… Et que je ne te connais pas non plus… Mais on dirait que ça à l’air d’aller mal pour toi… Tu parles comme ça, toute seule…
Ça fait cinq heures que t’es enfermée dans la salle de bain à parler, parler, te taire…et reparler…
Si tu te sens seule, c’est par-ce que plus aucun mec veut de toi ? T’as été une salope, une trop grosse salope alors maintenant tu te retrouves toute seule entre tes deux cuisses ! Ah ! Ah !
(Il s’éloigne.)
ELLE- Oui, c’est vrai, je me suis donné, j’ai tout fais pour me donner, je savais pas comment c’était l’amour, alors je suis allé partout et partout j’ai fouillé, voir si y’en avait de l’amour, mais les hommes ne sont que des grosses queues sans âme… Tout ce monde qui est rentré en moi… Ils veulent plus de moi. Et maintenant moi, je suis dépeuplée, ravagée, ils ont tout arraché sur leur passage… Y’a plus d’amour, y’a des morceaux de truc partout… Maintenant, je supporte plus leur présence. J’ai envie de leur déchirer la face à chaque fois que je les vois… J’ai envie… J’ai envie de me teindre la touffe en vert, pour qu’ils broutent tous mon herbe jusqu’à la fin de leur vie ! (Silence). C’est vrai que je suis qu’une chienne. J’ai fugué de chez moi comme une chienne, j’ai couru dans les champs comme une chienne, j’ai fait l’amour comme une chienne, on m’a enfermé en cage comme une chienne. J’ai pleins d’embryons dans le ventre comme une chienne et mes seins vont gonfler et faudra accoucher de toute cette merde. Je suis pleine, je déborde de cette merde. (Silence).
T’es où ? Tu m’entends ? Arrêtes de m’écouter, j’ai besoin que ça sorte, c’est comme d’aller aux toilettes. J’ai besoin de parler. Moi, je chie des mots.
LUI- Nan, je t’écoute pas.
ELLE- Menteur ! (Silence).
T’entends tes cheveux pousser ? Ta peau peler ? Plisser ? Tomber ? T’entends tes boyaux digérer ? Tes yeux cligner ? Tes pieds marcher ?…
Ça te déranges pas ta présence ?
Moi, je me dérange. J’arrive plus à penser par-ce que j’entends mon cerveau crisser, ma bouche baver...
Tu te rends compte ? On bouffe nos merdes, on bouffe nos cages et on regarde même pas passer le paysage.
Le temps nous enterre sans qu’on l’ait rattrapé. On meurt comme des plantes qui n’ont jamais pensé. (Silence).
Moi, je suis née en hiver, le moment où tout meurt, j’aurais dû suivre le cycle des choses, naître puis mourir tout de suite après.
LUI- Bon, tu sors maintenant, j’ai pas envie que tu t’enterres dans MA baignoire.
ELLE- Bon d’accord, grosse queue sans âme. (Elle sort de la salle de bain, elle se plante en face de lui.). Toi, tu m’as fait l’amour comme les autres sauf que j’ai dormi chez toi et pas toi chez moi par-ce que… C’est toi qui m’a emmené. Pourquoi tu m’as emmené ?… Tu me connais pas !
LUI- Et toi, tu m’as fait l’amour et t’as dormi chez moi et tu t’es lavée dans MA baignoire, alors que tu me connais pas ! (Long silence. Ils regardent. Il lui met la main sur les cheveux.) Tu sens ma main sur tes cheveux ? Tu sens ce que ça veut dire ? Tu sens qu’on est loin même quand on est près ? (Silence).
ELLE- Ça te fais pas peur d’entendre ton cœur battre ?
LUI- Tu t’épuises, tu t’enlises, tu t’éclipses. On est là. (Il la regarde très près.)
L’amour, c’est savoir pourquoi on souffle et pourquoi on souffle plus. Moi, j’ai envie de souffler, de m’emplir d’un souffle, d’exprimer le souffle, de faire souffler les autres.
ELLE- Mon rêve ce serait de mourir en faisant l'amour, en te faisant l'amour.

Noir.

jeudi 19 mars 2009

Complexe de la parole à quatre personnages

Les personnages ne s’écoutent pas les uns les autres, ils restent chacun enfermés dans leurs volontés de dire subjective, mais, ils adressent toujours leur parole à un personnage du même sexe. Il est à spécifier que J et A sont des hommes et C et E sont des femmes, tous sans âges précis.

C-Maintenant ça n’est plus possible, plus supportable.
J-Je suis sorti promener mon chien, voilà c’est tout.
E-Quand je suis revenue, il n’était plus là.
A-Je me regardais dans le miroir et je ne comprenais pas.
C-Maintenant, comme avant, comme toujours, ça n’a jamais été supportable mais c’est maintenant que je le réalise. Ce qu’il aurait fallu faire c’est sortir de là tout de suite. C’est ce que j’ai fait, déloger ma pensée d’ici-bas.
J-Mon chien, il avait l’habitude, moi aussi. On était pareil tous les deux. Il avait son rythme, j’avais le mien. Il marchait, reniflait, urinait, marchait, reniflait, urinait et ainsi de suite. Moi, j’avançais, je me raclais la gorge et faisais mine de scruter l’horizon lorsque mon chien urinait. J’ai toujours eu un peu honte que mon chien urine aux yeux de tout le monde.
E-J’étais partie longtemps… et puis lui aussi il était parti, sans doute par dépit. Pendant mon absence, rien. J’étais là-bas et lui quelque part mais cela ne faisait rien. C’était comme ça, on avait dit que c’était comme ça.
A-Ce miroir n’était pas poussiéreux, non, pas le moins du monde! Comme tout chez moi! Propre, intégralement et totalement propre! Voyons, je ne laisserais pas ces dégueulasseries empester ma vie, comme ces gens qui vivent dans des maisons-décharge! Nan mais comment font-ils, je vous le demande, c’est inhumain!
C-Et bien non… Mon corps n’est pas une pièce du puzzle. Je veux dire de ce puzzle, de ces gens, de cette vie là-bas… Intenable ! Insupportable ! Et ma mère qui me regardait toujours par-dessus l’épaule. Elle regardait ce que je faisais, elle jugeait, elle incriminait Elle fouillait dans ma vie, dans mes affaires, dans mon esprit ce qu’il pouvait bien y avoir de bizarre. Là-bas… c’était chacun dans ses chaussons, bien ancrés dans leur canapé cramoisi, bien accommodés dans leur petite vie de merde. Tous les trous bien bouchés par de triples bouchons de mensonge. Partir, leur laisser les bouchons dans les oreilles, la bouche, le nez, le cul… Qu’ils ne sentent que leur propre moisissure à jamais !
J-Mon chien était un bon chien. Ça c’est sûr. Et moi… Peut-être que, j’aurais dû fermer les yeux. Mon travail, ma femme, mon chien… Tout allait bien à cette époque-là dans ma vie. Elle faisait la lessive, je cirais mes souliers, elle faisait à manger, je m’allumais une cigarette, mon chien était assis et regardait attentivement tous nos faits et gestes.
E-Quand je suis revenue, je savais qu’il fallait repartir de nouveau, mais où ? je n’avais plus mon point d’appui, mon centre, mon lieu, mon lien… Il était parti…Et voilà, c’était tout, simplement ça. Ailleurs, tout d’un coup, perdait de la valeur, s’écroulait dans une chute infinie…car soudain sous mes pieds, le ICI n’avait plus de substance. Ce n’était pas que ma vie partait en lambeaux, mais ma conscience qui se retournait en elle-même. Perdue ICI, car il n’y avait plus toi…un support de mon existence au loin, un fil tendu qui faisait exister les choses entre toi et moi. Maintenant, le vide, l’absence.
A-je regardais le miroir sans dévier de mon reflet, face à face. Mais je n’arrivais finalement pas à capter chaque partie de mon visage. Il était fragmenté en un nez, une bouche, des yeux, des joues, des sourcils, un front… Chaque partie ayant sa propre indépendance, son expression, sa concentration… Mon visage n’était qu’un tout morcelé, un tas de choses disparates qui n’avaient pas de raison d’être rassemblées ICI. Pourquoi ces yeux avec ce nez, ça ne veut rien dire !
C-C’est en vivant cette horreur chaque jour de ma vie jusqu’à maintenant qu’a grandi en moi un écart, un espace vide, une mesure d’avance ou de retard, décalée, je n’ai jamais réussi à être en accord avec les choses qui m’entouraient. Ça a poussé en moi comme un germe dans la colonne vertébrale qui devrait un jour remonter dans mon crâne. Leur moisissure à eux, à tous ces cons, m’angoissait, elle est venue jusque dans ma gorge et j’ai crié ! De toutes mes forces comme un animal qu’on égorge, comme les truies dans l’abattoir du village… comme ça j’ai crié… Alors, ils n’ont pas compris. Comme depuis toujours ils ne comprenaient rien. Alors…doucement…ils m’ont poussé dehors, en m’ignorant…
J-Mon chien mangeait toujours ses croquettes à la même heure et c’était bien. Ma femme coupait le rôti, le poulet, la blanquette ou quelque chose d’autre et moi, je souriais gentiment en regardant la pendule, mon chien, les mains de ma femme. Et jusqu’à ce qu’on mange, je faisais planer mon regard circulaire. Mais, on ne se rend pas compte comme il peut y avoir des choses troublantes dans la vie quand on y fait soudain attention. Comme un jour où je me suis tout d’un coup profondément ennuyé… Oui, je sais, c’est mal…tr ès mal, mais oui, cela ne devrait pas arriver normalement, il y a tellement de choses merveilleuses dans la vie… mais un jour, cela m’a pris, je ne sais pourquoi, à un moment totalement inattendu… c’était un soir, je me brossais les dents et c’était très lent, comme un temps étiré et la lumière était jaunâtre, mais d’un jaune, comment dire, un jaune sale, presque pisseux…pourtant, elle m’a toujours plut auparavant cette lumière, c’est même moi qui ai choisi l’abat-jour !
E-Alors , je suis partie de nouveau, mais sans vraiment choisir car le monde était devenu une vaste étendue d’absence, toujours tout dessinait le vide… Ce paysage plat qui s’étendait à l’infini, les villes lointaines et hurlantes… Le cri des villes traversait la campagne sans avoir d’écho, comme ça… Encore un appel sans réponse. J’essayais de me repasser ma vie dans ma tête…les souvenirs de mes voyages…en cendre, brûlés, comme s’ils n’existaient que pour que je puisse te les raconter… Impossible de dérouler cette pellicule, toutes les images fondues dans ma tête dépouillée. Ma tête était tout d’un coup aplatie et s’alignait avec l’horizon, j’étais percée par le néant et je m’affaissais comme un gâteau sans levure…
A-Mon visage faisait trembler en moi des certitudes. J’ai toujours cru avoir bonne figure… Sur les photos, je souriais royalement comme dans les images pour la publicité…C’est-à-dire, comment dire, d’une manière exemplaire ! A mon travail, tous les gens m’ont apprécié et accepté mon visage comme ce qu’il était. Finalement mon sourire était presque un cadeau, une offrande… Mais là, mon visage dans la glace… C’était intolérable…de voir ce fouillis de formes, de choses collées… Un visage cela ? Mon visage en plus ?
C-Je suis partie d’ici, où plutôt de là-bas, même s’il m’est resté toujours collé à la peau ce lieu… Comme un lieu qui s’était creusé en moi de l’intérieur, un lieu qui a établi son domicile fixe à l’intérieur de mes pores, à l’intérieur de mon crâne, dans mes organes… Et ce lieu étendait sa pourriture en moi, faisait petit à petit étendre la moisissure…Après l’angoisse, le dégoût… je menais une vie impensable hors des choses et à l’intérieur d’elle… Quand je t’ai rencontré ce lieu s’est effondré en moi et est né grâce à l’amour un nouvel ICI, un nouveau présent, quelque chose de plus réel, un rapport plus direct avec les choses. À partir de ce moment, je t’avais, je n’étais plus emprisonnée dans rien, tu étais mon centre, mon ICI. J’ai commencé à voyager, à m’excentrer toujours en sentant au fond de mon ventre ce lien qui me liais à toi qui selon le lieu se distendait, se rétrécissait…
J-Mais là, sous cette lumière jaunâtre que je comprenais enfin…dans cette salle de bain carrelée…devant cet évier en porcelaine beige…en train de me laver méticuleusement la dentition, je m’ennuyais… Alors, j’ai relevé la tête et je me suis aperçu dans le miroir…
E-J’ai longtemps marché… Je regardais face à moi, dans l’obscurité, je suis partie la nuit. Je suivais l’autoroute, alors quand quelques voitures passaient tout s’illuminait sur leur passage, comme un flash et je voyais mon chemin avec les phares des voitures…le goudron…la ligne blanche entrecoupée au sol…les poteaux sur les côtés de la route avec leurs lumières réfléchissantes. J’ai continué jusque dans la lumière du matin, l’aube bleue laissait doucement transparaître l’horizon flou… J’ai marché jusqu’à un pont, tout était silencieux autour de moi. Il y avait la rosée gelée partout sur le sol et le léger murmure du vent… Cinquante mètre…en dessous du pont…il y avait une eau noire…qui riait dans un léger clapotis. Je l’ai regardé longuement l’eau noire…puis je me suis jetée du haut du pont.
A- Un visage disloqué et au fond…insignifiant…pas plus utile que le carrelage ou que l’abat-jour. Alors, j’ai pris mon élan et j’ai choqué de toutes mes forces mon visage sur la glace. Il a disparu sous un torrent de sang et la glace était brisée, elle, pour de bon, mais ce n’était pas grave du moment que je ne me voyais plus. Je me suis allongé dans ma salle de bain et j’ai attendu que je me vide de mon sang.

(Action entre les personnages. Ils se rendent compte de la présence des autres et de l'espace qui les entoure. Ils peuvent se prendre dans les bras les uns, les autres. Il y a beaucoup de force dans leurs gestes, ils se regardent avec beaucoup d'émotion. )

mercredi 18 mars 2009

Fiction II (LA FEMME)

Fiction II

UNE FEMME (s’adressant à un homme)
Des longues jambes maigres dans la prison,
des longues jambes maigres qui ne tremblent plus.
Une tâche rouge au fond de ma culotte.
Il est là-bas, là où je ne suis pas, pas du tout.
Il a fait du mal et moi je suis ici avec du sang sur moi.
Ça fait longtemps qu’il est là-bas, mais moi j’ai toujours du sang là.
Il a un peu de sang à moi sur lui, ça s’est sûre…
Dans la prison, il y a une couverture de poussière sur tous les yeux, sur tous les souvenirs.
Ça pue la pisse, ça pue la pisse d’homme.
Je suis allé la sentir son odeur à lui, exactement. Je voulais la sentir, pas cette odeur-là, mais l’odeur du début, du tout début entre lui et moi. L’odeur de sa chemise trouée, mais là, c’est fini. Il faut oublier les odeurs, les souvenirs, les passages, les rues, les caresses, les chutes.
C’était tout blanc et transparent là où je pouvais lui parler.
Je sentais mon sang grincer.
Il m’a parlé avec ses cernes immobiles, avec les plis de sa bouche molle et ses petites rides du sourire.
Moi, je lui ai parlé avec mes joues rouges et avec mes doigts qui glissaient sur la vitre entre lui et moi.
La lumière grillait nos présences. On était plus que des lambeaux dans le présent.
J’avais envie de soulever mon tee-shirt et de lui montrer mes seins, de lui montrer ma chair en vie, de lui montrer que j’étais vraiment là derrière la vitre.
Je sentais ses longues jambes maigres qui tremblaient à nouveau, je sentais ses cernes me sourire alors que j’approchais mon visage de la vitre.
Il y avait des petits trous dans la vitre pour que le son puisse la traverser, mais nous, on ne se parlait pas, on se soufflait. Tout doucement il me soufflait sur le front, je sentais le vent de sa bouche, un vent qui dit rien.
Moi aussi je lui soufflais mon vent à moi, mon vent du dedans, un vent de nulle part.
Après ça c’était fini. Un dernier regard sur ses mains, grandes et osseuses avec différentes couleurs, la couleur blanche des cicatrices, rose des irritations, mauve des bleus, rouge des coupures, violette des morsures.
C’était comme une suite de mots sans rupture ses mains sur la table blanche et puis rien.
Je suis repartie et puis chez moi, rien. Je parlerais plus à personne.
Je suis rentrée dans ma prison à moi en passant par le RER et lui, resté dans sa chambre sans matelas.
Allongée dans mon lit, face aux fissures du soir, je repense à ces longues jambes maigres qui ne tremblent plus.
Je pense à mes propres cernes qui vont grandir, peu à peu prendre forme sur mon visage, et alors là, je serais heureuse d’avoir un peu de lui sous mes yeux. Alors peut-être j’irais le voir… ou peut-être pas.
Je me lève le matin, il n’y a plus que le carrelage froid qui existe.
Puis le café brûlant entre mes doigts.
Puis la chute d’eau sur mes épaules nues.
Puis les pas jusqu’au souterrain.
Puis les silences des autres dans le tunnel.
Puis la marche qui fait mal à mes os des bras, des hanches, des jambes, de la colonne vertébrale… j’entends mon crâne résonner tout seul.
J’arrive à la porte, ma porte, là où il faut que j’aille.
Pas vraiment belle cette porte… Je vais mettre ma blouse blanche avec de fines raies vert d’eau, je vais aussi mettre mes gants, oui, sûrement.
Je vais prendre le balai ou peut-être la serpillière, si ça m’amuse, et je vais laver le sol du sixième étage… en regardant par la fenêtre les gens, les arbres et les trottoirs, les chiens et ce paysage ignorant. Et je sentirais au fond de ma gorge les grandes jambes maigres qui tremblent alors je ne regarderais plus par la fenêtre, je regarderais le carrelage beige, chaque petit morceau de carrelage et leurs défauts, leurs tristesses, leurs déviations, leurs courbes.
Et peut-être à un moment donné, je m’arrêterais de regarder le carrelage sans avoir conscience de l’espace que j’ai parcouru, ni de ce que j’ai parcouru, ni de ce que j’ai pu voir, entendre ou penser seulement les nervures du carrelage creusées sur mon visage.
Après j’irais manger des substances molles qui dégoulineront dans ma gorge avec un râlement expressif.
Tout d’un coup au travers de la vitre de la cantine, les ombres multiples et voilées des arbres me feront penser à mon père et ma mère assis sur le canapé de chez moi.
Peut-être en avalant la dernière gorgée de café froid, je penserais au chat qui saute sur les genoux de ma mère en passant par les cuisses de mon père.
J’ai fini ma digestion, je lave les vitres du troisième étage, je gratte les petites tâches, les postillons, les gouttes de pluie, les traces de doigts.
Ce soir, je rentre chez moi… Mais je sais qu’il n’y aura pas mes parents ; il y aura mon chat… Mes parents, ils sont seulement dans le cadre sur le buffet du salon.
Ce soir un homme va venir, un homme au visage creux et aux yeux ronds.
Lui, il n’est pas en prison, enfin je ne pense pas.
Lui, il se racle la gorge et il tremble des paupières.
Je lui donne ce qui me reste de force.
Sourire à demi derrière les rideaux de la cuisine.
Il regarde mes mains sans comprendre, mes épaules sans les sentir.
Lui, il ne souffle pas, il retient son souffle.
Ça fait tellement longtemps qu’il vient mais toujours les yeux détachés, à l’envers, son corps ému, décousu.
Je regarde son profil sur le coussin… sa mâchoire exactement. Sa mâchoire qui me regarde.
Lui, il n’est pas en prison, lui, non, mais moi encore.
Je ne sais pas vraiment où je suis.
Peut-être un jour, je lui donnerais la main dans la lumière orange des lampadaires en partant vers le pont de l’autoroute mais en sentant les longues jambes maigres au fond de ma gorge qui tremblent encore.

Fiction I (L'HOMME)

Fiction I

L’HOMME- (s’adressant à une femme), Je n'aime pas la lumière blanche de frigidaire qu'il y a dans toutes les pièces de son appartement.
Sa vie doit être bien froide et bien consommable pour exister sous cette lumière de hangar.
Des corps morts à moitié humains dans cette maison.
La chair étendue sur le lit donne envie d'être tranché car on se sent comme dans un abattoir.
J'ai du mal à la comprendre cette Larissa car elle me fait froid dans le dos avec son appartement et son mutisme.
Larissa est muette.
Larissa est une femme rebutante parce qu'elle n'est pas particulièrement belle.
Brune, les cheveux mi-longs, le visage sans fermeté, mou, comme sa vie, comme son corps.
Elle est grande, elle prend beaucoup de place sur le divan, mais elle ne parle pas.
Elle tourne la tête et l'on sent déjà mille signaux d'un langage silencieux qui se dessine le long de ses joues.
Les yeux baissés elle respire doucement.
Qu'est-ce qu'elle me fait peur.
Je ne lui parle jamais. J'ai pris cette décision de ne jamais lui parler, oui. Elle pourrait me comprendre si je lui parlais mais je préfère être comme elle, un mur.
Des fois, lorsqu'elle me regarde, tout d'un coup, elle fracasse violemment mon mur dans le silence.
Elle creuse des fenêtres dans mon mur et elle penche la tête pour voir de l'autre côté. Elle ne doit pas voir grand-chose.
Je suis un désert... Un désert de sel, il n'y a rien... Peut-être seulement quelques femmes étendues nues, qui écartent les jambes. Mais j'ai beau les regarder toutes ces femmes nues allongées en moi, je ne les comprends pas.
Mais toutes ces femmes que je fréquente, tous les jours une différentes,-comme un rituel- ,je ne leur parle jamais, comme à Larissa.
Mais bizarrement, c'est sans doute à Larissa que je parle le plus, sans rien dire mais autrement.
Faire l'amour avec ces femmes ne me fait plus rien, juste lorsque je jouis et encore.
Mais je souffre, je souffre devant ces femmes-murs qui me montrent leurs corps comme un architecte montre un bâtiment.
Étrange… Étrangement.
Moi, mon corps je l’oublie le reste du temps. Et avec elles, j’en prends conscience avec dégoût.
Avec Larissa, c’est toujours terrible. D’ailleurs ça ressemble à harissa , Larissa. Mais c’est aussi le sourire en espagnol, « la risa ».
Quand je la vois, elle m’arrache les entrailles et je tremble.
Elle vit encore chez ses parents. C’est tellement misérable cet appartement, les murs de la cuisine verts, ceux du couloirs roses, ceux de sa chambre bleus. Du carrelage partout…Tout froid, tout désagréable.
Avec elle, c’est un silence forcé mais un silence évident. Dans son pas déréglé, ses hanches un peu larges, ses cheveux trop épais, il y a du désir. Mais autour d’elle et dans son visage aussi il y a de la froideur en creux, il y a le désolement.
Sa vie, un cratère sur la terre.
Elle travaille dans une usine sûrement dans le pharmaceutique ou l’alimentaire ou dans une entreprise en tant que petite chose quoi…
Elle a des cernes brunes sous les yeux et sa bouche entre ouverte laisse passer un léger souffle d’air. Une respiration douce, régulière comme ses clignements d’œil.
Ce qui m’effraye le plus, c’est qu’il n’y a aucune manière dans sa façon d’être, tout est sans élégance. Ses gestes sont tristes et mécaniques comme son travail j’imagine.
Mais cette femmes inhumaines me transperce comme un couteau dans les côtes… Côtes de porc, j’ai mangé des côtes porc ce soir… Et j’ai envie de mourir comme un porc, qu’elle me découpe les côtes dans sa chambre-abattoir… J’ai envie que Larissa ma tue…ou qu’elle m’aime…
J’aurais envie de l’appeler sur son fixe mais elle ne pourrait pas me répondre…
Je me dis que je pourrais apprendre le langage des signes secrètement et lui faire la surprise un mardi... ou venir un jour inhabituel mais peut-être que je rencontrerais ses parents que je vois toujours sur le buffet du salon en photo…
Ses parents ne me font pas peur ce sont des gens minables. Comme elle.
De toute façon, elle doit déjà être amoureuse de quelqu’un, sans doute du vendeur de fruits et légumes à côté de chez elle qui me regarde tout le temps avec des yeux de tueur à chaque fois que je passe devant son magasin.
Larissa… Elle me fait pas l’amour, elle fais la terreur d’exister.
J’aimerais qu’un jour, elle me fasse réellement l’amour et pas ces gestes réguliers qui charcutent mon cœur. Larissa, avec ses longues mains fines caresse, à chaque fois, mon corps de long en larges comme une séance de repassage.
J’aimerais lui demander comment c’est les transes en Algérie. J’aimerais que ma vie soit une transe de bonheur avec elle.
Je crois que je ne reverrais plus Julie, Constance, Yvonne et Margaret.
Je n’irais plus que voir Larissa avec un chardon à la main en guise de fleur, il ne pousse que ça dans mon jardin de banlieue. Enfin, c’est pas un jardin, c’est un carré de terre devant ma porte... Moi je travaille à la Poste,mais ça n’a pas d’importance.
J’ai souvent envie de vomir en rentrant chez moi. Mes parents habitent dans le pauvre pavillon d’en face et mon frère est mort. J’ai un fils oui, vous le connaissez ? Il a seize ans. Insupportable. Il ne veut que de l’argent pour s’acheter des nikes et des jeux vidéo. Il ne me parle plus. Il vit chez mon ex-femme, Florence, une vraie tour de château fort avec des meurtrières tout autour…
Larissa, ce serait plutôt une maison genre prête-à-crever, une maison comme des centaines identiques, comme dans certains quartiers de banlieue, mais on aurait déplacé cette maison sans charme au bord de la mer près des vents dévastateurs.
J’aimerais l’embrasser… mais je ne peux pas…
Et puis, est-ce-qu’elle est vraiment muette ? Je me le demande.
Mais pourtant ce mutisme dégage un aura autour d’elle.
Muettes ses épaules, ses mains, ses cils, mais pourtant pleins de mots, ça dégouline de mots, partout, ça fait des flaques de mot incompréhensible à nos pieds. Une inondation de mots embrouillés dans tout son appartement.
Un lac gelé, son visage.
Son âme, un désert verglacé.
Ses yeux tombent un peu vers le bas, mais ce n’est pas laid, ça renforce cette angoisse que j’ai en la regardant. Elle n’est tellement pas légère.
Moi, comme un miroir brûlant en face d’elle.
J’aimerais tellement lui arracher des mots, secouer son corps jusqu’à ce qu’il en jaillissent quelque chose pour de bon et pas ce désespoir continue et sans énergie.
Vivre terriblement en entassant ses jours dans le placard comme des morts qu’on enterre.
Larissa est peut-être déjà un peu morte. Mais pourtant des petites étincelles tressaillent dans ses yeux et crient à l’aide. Mais comment pourrais-je l’aider ? Face contre terre, de la cendre dans la bouche.

vendredi 13 mars 2009

Projet Théatre du Rond-Point-A Contre Corps

-Je suis arrivé.
Comme ça, debout.
Devant lui, j'attendais.
Il n'y avait pas de lune, pas de soleil.
On était dans un nulle part sans horizon.
Face à face.Tendus.Alerte.
Prêts à gober la moindre mouche.
Silence. Pattes de mouche sur mon bras droit.
Je ne bouge pas. Silencieux.
Je crache.
Il regarde mon crachat.
Je sais bien qu'il ne s'agit plus ni de donner, ni d'échanger, ni de vendre, ni d'escroquer, ni de pleurer, ni de faire l'amour.
Tout cela enterré, catapulté dans le passé.
Il reste nos deux corps tendus sur la plateforme.
Il n'y a pas de mot qui résonne.
Juste des cris au loin. Comme des animaux qui s'entretuent.
Comme un écho de notre parade.
Lui et moi.
J'assume. J'assume complètment. Même ça ne pose pas de problème de mourir maintenant.
Qu'est-ce cela fait?
Pourtant je sens mon sang qui s'ennuie dans mes veines.
Quels sont mes désirs?
La mort ne m'intéresse pas.
Je sens mon sexe qui crie entre mes jambes.
L'autre, en face, regarde mon crachas. Comme un con.
Et moi je me dis que l'on devrait faire l'amour comme les bonobos font pour résoudre leurs problèmes.
Faire l'amour avec cet homme en face de moi,
mieux que faire la mort.
S'entretuer pour tous les morts d'avant et pour tous les morts d'après.
Parce que j'appartiens à une putain de tribu et lui à un camps opposé.
Et le clan de l'existence qu'est-ce qu'on en fait?
J'ai envie de baiser.J'ai envie de baiser plutôt que de mourir.
J'ai envie de baiser un rocher tellement j'ai envie de baiser.
Et lui, il est là en face de moi.
Il lève la main droite et se gratte le nez.
Je m'emmerde.
Il se caresse doucement le menton.
J'ai envie de lui chier sur la gueule et d'aller voir la mer.
[Sa putain de mère de fils de pute, putain fait chier, je vous enculerais tous bande de couillons. J'irais chier dans vos morts, j'irais chier dans vos bouches, j'irais chier dans votre âme de merde.]
Je suis immobile.
Il fait un pas.
Découper dans sa chair des morceaux en forme de coeur.
Forme de coeur, comme les moules pour faire les gâteaux, comme les gomettes des enfants à l'école.
Je sais qu'il n'a pas d'arme.
Respirer l'air au dessus des montagnes.
Il plie un genoux sur le sol.
Je vois une éjaculation en plein milieu du ciel..
Nos morts sont liées comme deux troncs d'un même arbre.
Funambules du néant.
Nos corps soudés à la mort, en suspens, au dessus du vide.
Je cris, ça résonne, on entend les vibrations du silence.
Ça m'agace, cette attente, te torturer jusqu'à en mourir.
Je m'approche à mon tour.
Je flotte presque au dessus du sol avec la légèreté des libellules au dessus de la surface de l'eau qui glisse.
Je suis tout près de son corps chaud.
Je respire sur sa joue.
Et puis.
Comme une arrêtede poisson dans la gorge. Ou comme tout un poisson mort dans la gorge et plurieurs poissons enterrés dans mon estomac.
Je me sens lourd: La sensation de ne plus avoir d'air, assez d'air pour respirer.La sensation de devoir respirer mon propre sang, mon propre corps. Me suffir à moi même dans ma respiration.
Agonie autonome.
J'ai l'impression que l'échange n'est plus possible entre l'extérieur et moi du dedans.
Il disparaît.
Mon coeur rétrécit.
Cris de petite fille dans le noir.