vendredi 3 avril 2009

Dialogue pour deux boxeuses




Zita- Et vous êtes allé où ?
Capri- On a continué à marcher pendant longtemps. Marcher dans des petits chemins. Le ciel était tout rouge. Il allait bientôt faire nuit. Je n’avais pas peur. Je crois pas.
Zita- Il avait rien sur lui ? Toi non plus ?
Capri- Nan, on avait rien, c’était la première fois qu’on prenait rien. On était des silhouettes pures qui marchaient à l’horizon. Sans rien qui nous montait la tête dans les étoiles.
Zita- Et après ? Ensuite ? Qu’est-ce que vous avez fait ?
Capri- On s’est assis. J’étais fatiguée. Je sentais le silence bourdonner dans mes oreilles. Je sentais mon visage qui craquait comme s’il était pleins de choses tellement fortes, tellement lourdes…que mon visage allait éclater.
Zita- T’avais envie de pleurer, c’est ça ? C’est ça que ça veux dire ?
Capri- Nan, je crois pas. Peut-être, je sais pas.
Zita- Bon, alors, raconte ! Vous avez quand même pas niquer là ?
Capri- En fait, lui aussi il était bizarre. Il avait pas l’air bien, il était plus comme d’habitude. Il prenait son temps.
Zita- C’est le lieu, c’est le lieu qui a changé son attitude. De se voir en pleins champs, c’est différent… C’est marrant.
Mais pourquoi l’échange avait lieu dans cet endroit ?
Capri- Je sais pas… c’est pas lui qui avait décidé, c’est ceux qui rachètent. C’était bizarre, j’avais comme un sentiment de fin des choses, l’impression qu’on allait tomber dans la nuit et de tous s’y noyer. C’était dans une maison perdue dans la cambrousse.
Zita- Drôle d’histoire. C’est étrange que tu sois restée si longtemps avec cette bande là. Ils faisaient des trucs glauques… Bon, abrège.
Capri- Là, il m’a pris au milieu d’un champs, il m’a déshabillé lentement, tous les deux les pieds dans la boue. Je disais rien, lui non-plus. Quand il a fait complètement nuit on était allongé l’un contre l’autre sur son grand manteau. Il était complètement là. On ne se voyait pas. On n’a pas fait l’amour. On s’est embrassé, il m’a caressé. C’était vraiment la première fois qu’on s’embrassait sans être déchiré. D’habitude… D’habitude…
Zita- Mais alors, vas-y, je comprends rien ! Finis-la ton histoire. La séance est bientôt finie, après je me casse au réfectoire.
Capri- Après, il a sorti une petite lampe de poche et il a éclairé mon visage, puis tout mon corps. Il y a eu un long silence. Puis doucement, il a sortie autre chose de sa poche. Il m’a pris tout d’un coup pour m’embrasser fort sur la bouche et j’ai entendu la détonation très près, très fort dans la tête. Il était mort sur moi.


Noir.

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